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Bienvenu à le livre, L'Intoxication Par Le Tabac (1913), par Le Dr Abel Gy. Pour aller à la table des matières immédiatement, cliquetez ici.
L'Intoxication
Par Le Tabac

par Le Docteur Abel Gy
Ancien interne des Hôpitaux
Chef de Clinique
à la Faculté de Médicine de Paris
(Paris: Masson et Cie, 1913)

GÉNÉRALITÉS

Depuis de longues années, l'attention des médecins a été attirée sur les désordres que provoquait, dans l'économie, l'abus du tabac. Chaque jour ce mode d'intoxication déjà ancien, commun à toutes les classes de la Société, se répand de plus en plus et l'on s'explique ainsi les discussions soulevées encore tout récemment dans plusieurs sociétés savantes.

Tout d'abord les vieux cliniciens avaient insisté sur les troubles dyspeptiques et cardiaques imputables à l'usage du tabac. Puis les médecins des Manufactures de l'Etat voulurent démontrer que les diverses manipulations nécessitées par la fabrication du produit, n'étaient pas elles-mêmes sans offrir quelques dangers pour le personnel des établissements.

L'expérimentation permit alors de réaliser, chez l'animal, un empoisonnement un peu différent de ce qu'il est chez l'homme, mais qui n'en présente pas moins beaucoup d'intérêt et, des études contemporaines, il paraît résulter que le

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tabac est susceptible d'entraîner des désordres dans la plupart des organes.

Dans ces dernières années, son pouvoir leucoplagène, l'étiologie du cancer dit des fumeurs, ont été l'objet de grands débats à l'Académie de médecine. Plus récemment, des travaux entrepris à Paris, à Lyon, à Toulouse et à Nancy, ont essayé d'établir le rôle exact du toxique dans la pathogénie de l'athérome aortique; M. Guillain et nous, avons été amenés, à la faveur de recherches de cet ordre, à fixer l'importance que prenait le tabac en pathologie humaine.

Les caractères de là plante (nicotiana tabacum), la préparation du tabac, sont bien connus et ne nous retiendront pas. Le lecteur désireux de compléter son instruction à ce sujet trouvera dans les dictionnaires classiques et dans différents mémoires (1), tous les renseignements désirables.
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(1) Cf. KOHOS. — De la dyspepsie tabagique, th. Paris, 1894;

MORIS: article «Tabac» in Nouv. Dict. de méd. et de chim. pratiques;

JAUCENT [Henri]: Le tabac, étude historique et pathologique, th. Paris, 1900; Poisons industriels, office du travail, ministère du Commerce, de l'Industrie, des Postes et Télégraphes, 1901;

PELLET: Les Effets du tabac sur l'organisme, th. Montpellier, 1897;

LAURENT [Emile, 1861-1904]: Le nicotinisme [étude de psychologie pathologique] [Paris: Société d'éditions scientifiques], 1893;

CHÉREAU: Sur quelques cas d'aphasie transitoire chez les fumeurs, th. Paris, 1894;

AMOUROUX: Etude expérimentale sur l'atherome tabagique, th. Toulouse, 1906;

PRIEUR: Le tabac et l'appareil vasculaire, th. Paris, 1905.

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Le but de cet ouvrage est d'exposer les multiples retentissements que peut avoir sur l'économie l'usage prolongé du tabac. En nous appuyant sur les résultats fournis par l'expérimentation, nous avons d'abord précisé la nature de l'intoxication et nous avons décrit les divers types de l'empoisonnement aigu.

La seconde partie de ce livre a été consacrée au tabagisme chronique, avec toutes les réactions organiques qu'il peut provoquer. Nous avons de la sorle passé successivement en revue l'influence que le toxique exerçait sur le tube digestif, sur les appareils respiratoire, génito-urinaire, circulatoire, sur le névraxe et sur les sens, en insistant particulièrement sur l'étiologie du cancer de la langue, sur l'athérome aortique et sur les désordres nerveux d'origine tabagique.

L'opinion que le tabac a par lui-même un pouvoir microbicide, nous a poussé à rédiger un chapitre spécial où des recherches personnelles ont été publiées.

Enfin les dangers du tabac ayant engagé des chimistes à fabriquer des produits analogues, mais qui seraient dépourvus de toute toxicité, nous avons tenté d'établir quel degré de confiance on pouvait avoir dans les tabacs dénicotinisés.

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CHAPITRE PREMIER

LA TOXÏCITÉ DU TABAC

Depuis la découverte de la nicotine par Vauquelin, en 1809, de nombreuses analyses de tabac ont été faites et aujourd'hui dans le nicotiana tabacum, on trouve grosso modo:

Diverses bases: ammoniaque, potasse, chaux, lithine, oxyde de manganèse, oxyde de fer, magnésie;

Quelques matières minérales et parmi elles, la silice;

Des acides minéraux: sulfurique, chlorhydrique, phosphorique, azotique;

Des corps neutres organiques: résine jaune, résine verte, cire ou graisse, nicotianine;

Enfin un alcaloïde volatil: la nicotine.

Celle-ci est en quantité variable suivant la provenance du tabac; selon Schlœsing (1), pour 1 000 grammes de feuilles sèches:
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(1) SCHLŒSING in WURTZ. — Dict. de Chimie, article «Tabac».

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Le tabac
du lot
Renferme7 gr, 96de nicotine
"du Nord"6 gr, 58"
"Maryland"2 gr, 29"
"de la Havane ren-
ferme moins de"2 gr"

Déplus, la proportion de l'alcaloïde augmente à mesure que la plante vieillit. Par contre, elle diminue notablement quand on étudie le tabac tel qu'il est livré au consommateur (2 à 2, 5 °/o), en raison de la fermentation qu'il a subie. Dans ces conditions, le tabac à priser contient 2,04 °/o de nicotine, le cigare de cinq centimes 1,5 à 2 °/o, le cigare de quinze centimes 2,07 °/o.

Des travaux divers ont démontré depuis longtemps combien grande était la nocivité de cette substance.

Il est classique de comparer sa toxicité à celle de l'acide cyanhydrique ou de l'aconitine. Pour Orfila, deux gouttes de nicotine pure occasionnent la mort d'un chien de taille moyenne. Au reste, d'une façon générale, les mammifères sont très sensibles à l'action du poison, exception faite toutefois pour les chèvres qui, suivant Bordier (1), ingéreraient impunément des feuilles de tabac.

D'après Roger (2) sept milligrammes d'une solution à o,o5 °/o sont nécessaires par voie vei-
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(1) BORDIER in Dict. DECHAMBRE. — Article «Nicotine».

(2) ROGER in BOUCHARD. — Path. gèn., I, 886.

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neuse pour tuer un kilogramme de lapin. Cette dose serait insuffisante pour Parenty et rasset (1), qui indiquent 20 ou 21 milligrammes; selon Lewin et Pouchet (2), il faut un quart de goutte pour faire périr une grenouille, une à deux gouttes pour le chien; pour Vibert (3), un sixième de goutte pour le lapin et le chat, une demie à deux gouttes pour le chien. Enfin Leblanc relève huit gouttes comme dose mortelle pour le cheval.

Les écarts de chiffres fournis par ces expérimentateurs dépendent vraisemblablement du genre d'intoxication. Planas (4) a bien montré combien différente était la rapidité d'absorption du poison suivant le mode d'introduction choisi; administrée par le rectum et mise au contact de la conjonctive, la nicotine apparaît foudroyante; il en serait de même par la voie trachéale (Guinier). En revanche, quand l'injection est faite dans le tissu cellulaire souscutanée, les accidents surviennent plus lentement.

Le même désaccord se rencontre chez l'homme; on a coutume de fixer à une goutte
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(1) PARENY et GRASSET, cités in WURTZ. — Traité de méd. et de thérap. Brouardel-Gilbert, III, 1re édit.

(2) LEWIN et FOUCHET. — Toxicologie.

(3) VIBERT. — Précis de toxicologie.

(4) PLANAS. — Diagnostic de l'empoisonnement médico-légal par le tabac, th. Montpellier, 1891.
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de l'alcaloïde la dose qui terrasse un adulte. Or, Dwarjak et Heinrich, qui ont eu le courage d'expérimenter sur eux-mêmes, ont supportè un et même trois milligrammes de nicotine.

Une observation personnelle de Le Bon (1) plaide dans le même sens; cet auteur a pu recevoir sur la langue une goutte de poison et ne présenter que

«quelques palpitations et vertiges et un peu de tendance à l'assoupissement».

Ces résultats, en contradiction avec les données classiques, tiennent sans doute au défaut de pureté de la nicotine. Les faits rapportés ci-dessus remontent, en effet, à 1869 et à 1872.

Désireux d'établir la nocivité exacte de l'alcaloïde, nous avons, avec M. Guillain, pris une certaine quantité de nicotine du commerce, improprement appelée nicotine pure que M. Lecoq a bien voulu purifier selon la méthode de Schlœsing. La toxicité de ce corps a été la suivante: un agitateur trempé dans cette préparation fut placé dans la gueule de trois chats du poids de 55o, 58o et 52o grammes; les trois animaux succombèrent en un quart de minute. Une souris blanche, un moineau qui avaient reçu sur la conjonctive une gouttelette de l'alcaloïde, furent foudroyés. En revanche, un cobaye du poids de 535 grammes, qui avait reçu, dans la
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(1) LE BON [Gustave (1841-1931)]. — La fumée de tabac [recherches sur la nature et la quantité des principes de la fumée du tabac absorbée par les fumeurs et sur les effets qu'ils produisent], Paris [Rothschild], 1872.

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bouche, une goutte de la même substance résista sans même souffrir de convulsions et ne ressentit qu'une dyspnée extrême durant cinq minutes.

Contrairement au fait cité par Cl. Bernard (1), un autre cobaye du poids de 525 grammes, qui reçut dans l'œil droit une goutte de nicotine, eut, après une demi-minute, une crise violente de dyspnée, mais ne succomba pas; l'œil apparut brûlé comme par un puissant caustique. A fortiori, des solutions à 1/100, à 1/1 000 et à 1/10 000 ont-elles été inactives.

Il résulte de ces expériences que la nicotine dont la toxicité serait, pour Schlœsing, égale à celle do la conine, est très grande, mais semble toutefois avoir été quelque peu exagérée, sinon pour les petits animaux, du moins pour ceux de forte taille.

Au reste, d'après de nombreux auteurs modernes, les dangers du tabac dépendent moins de la nicotine que d'autres corps auxquels la combustion de la plante donne naissance.

Bien plus, selon Vohl et Eulenburg, la nicotine ferait défaut dans la fumée de tabac; en réalité, sa présence y est constante, mais en minime quantité. Les travaux des chimistes contemporains ont permis de déceler dans le tabac l'existence de substances jadis insoupçonnées: l'acide
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(1) Cl. BERNARD [M.D., D.N.S.]. — Leçon sur les effets des subsances toxiques et médicamenteuses [1850].

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prussique (Le Bon), la thiotétrapyridine et l'isodipyridine (Vulpian) (1), dernièrement, la nicotéine, la nicotelline, la nicotinine (Pictet (2) et Rotschi, Hatt), enfin une base très volatile d'odeur ammoniacale que, plus tard, Pictet et Court ont identifiée avec la pyroline.

D'après Veyrassat (3), la nicotéine, en particulier, aurait sensiblement les mêmes effets que la nicotine en les accentuant encore.

Guidé par ses recherches, Le Bon (4) attribua surtout la nocivité du tabac à la collidine dont un vingtième de goutte suffit pour faire périr en quelques moments une grenouille.

«On ne peut en respirer quelques instants, dit-il, sans éprouver de la faiblesse musculaire et des vertiges».

La céphalalgie, les nausées et les vomissements qui témoignent de l'intoxication passagère chez le fumeur novice seraient, pour cet auteur, commandés par l'acide prussique renfermé dans le tabac à la dose de trois à huit

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(1) VULPIAN. — C. R. Acad. des Sciences, 24 janvier 1881.

(2) PICTET. — Recherches sur les alcaloïdes du tabac. Bull. Soc. Chim. de Paris, XXXV, 3e série; Mémoires, 1906, p. i.

(3) VEYBASSAT. — Archiv. des Soc. phys. et nat., 4, t. XII, p. 220.

(4) LE BON. — Sur l'existence dans la fumée du tabac de notables proportions d'acide pruasique et sur l'existence d'un nouvel alcaloïde. Journ. thérap., nos 15, 16, 17, 18. août-septembre 1880.

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milligrammes pour cent. Même opinion de Vohl et Eulenburg. Hugounenq incrimine principalement la collidine.

Trillat (1) fait jouer un certain rôle à la présence de formol dans la fumée, corps qui diminuerait la nocivité de la nicotine en se combinant avec elle, ce qu'ont confirmé depuis Droit (2) et Jeantet.

Pour Gréhant, W. Dudley (3), Jacoby, tous les accidents d'origine tabagique résulteraient d'un empoisonnement lent par l'oxyde de carbone. Gréhant s'appuie en pareil cas sur la coloration rutilante que prend le sang du chien asphyxié par la fumée de tabac, coloration rappelant celle du sang oxycarboné.

Pommerol, Wikulill se rangent à la même idée sans apporter de preuves.

Wahl (4), Toth (5), Marcelet (6), Fleig ont essayé de vérifier l'exactitude de cette hypothèse.
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(1) TRILLAT. — Présence du formol dans la fumée de tabac; Soc. Biol., 12 nov. 1904; C. R. Acad. Sciences, 20 mars 1905.

(2) DROIT. — Contribution à l'étude de la nicotine et de ses dérivés aldéhydiques; th. Paris, 1907.

(3) W. DUDLEY. — Les effets toxiques de la fumée de cigarette, Med News, 15 sept. 1888, p. 187.

(4) WAHL. Ueber den Gehalt des Tabakraches an Kohlenoxyd; Archiv. für die Gesammte Physiologie, LXXXVIII, 262, 286, 1899.

(5) TOTH. — L'oxyde de carbone dans la fumée de tabac; Chemiker Zeitung, XXXI, p. 98.

(6) MARCELET. — Sur le dosage de l'oxyde de carbone dans les fumées de tabac; th. de pharmacie, Montpellier, 1907.

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Wahl admet bien l'existence de l'oxyde de carbone à raison de 1,3 % à 2,2 % pour le tabac, de 2,9 à 4 °/o pour le cigare. La fumée rejetée par le fumeur en renferme encore 0,6 à 0,7 % pour le tabac, 1 à 1,3% pour le cigare. Mais pour rendre l'atmosphère d'une pièce de 64 mètres cubes mortelle, il ne faudrait pas consommer moins de 600 cigares!

Toth en utilisant le procédé d'Armand Gautier a noté que 10 grammes de tabac brûlant lentement produisaient un à trois centimètres cubes d'oxyde de carbone; il ajoute que le tabac donne lieu à un dégagement d'oxyde de carbone plus grand quand il est sec.

Marcelet qui a fait de cette question le sujet de sa thèse de doctorat en pharmacie arrive aux conclusions suivantes:

«Un gramme de tabac en cigarette peut donner 20 à 80 centimètres cubes d'oxyde de carbone. Un fumeur qui consomme en cigarettes 20 grammes de tabac par jour produit donc de 400 à 1 600 centimètres cubes d'oxyde de carbone; en supposant qu'il aspire seulement un dixième du gaz toxique produit en avalant la fumée, il aspire donc de 40 a 160 centimètres cubes d'oxyde de carbone par jour.

«La combustion d'un gramme de tabac dans une pipe fournit de 53 à 109 centimètres cubes d'oxyde de carbone; un fumeur qui consomme 20 grammes de tabac par jour produit

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donc de 1 600 à 2 180 centimètres cubes de ce gaz».

Tout dernièrement, Fleig (1) a combattu cette manière de voir. Pratiquement, pour lui, la faible quantité d'oxyde de carbone mise en liberté par la fumée ne saurait avoir une grande importance dans la pathogénie du tabagisme.

De ces divers travaux résulte, pour nous, en ne considérant que les fumeurs et en laissant de côté les priseurs et les chiqueurs, proportionnellement beaucoup plus rares, que la toxicité du tabac n'est pas une; elle dépend de toutes les substances renfermées dans la fumée, c'est-à-dire la nicotine, l'acide prussique, la méthylamine, la collidine, des bases pyridiques, de l'ammoniaque, tous poisons plus ou moins actifs auxquels il faut adjoindre l'oxyde de carbone.

La variabilité de l'empoisonnement s'explique par le choix de l'espèce de tabac mise en expérience, car la teneur de ce produit en nicotine est bien différente suivant son lieu d'origine, l'époque de là récoite, la préparation qu'il a subie. L'opinion que les tabacs d'Orient sont naturellement pauvres en nicotine, est aujourd'hui reconnue fausse; de plus, dans la composition de certains d'entre eux entre de l'opium.
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(1) FLEIG. — L'oxyde de carbone et l'intoxication par la fumée de tabac; Acad. Sciences, 6 avril 1906.

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Malgré qu'avec M. Lecoq, nous n'ayons pu déceler de la morphine dans un échantillon de ce tabac, des renseignements ultérieurs à ce travail de laboratoire permettent, en effet, d'affirmer que des fabricants arrosent leur marchandise d'une décoction de pavot.

Dans le but d'établir la toxicité du tabac en totalité, sous forme de macération, M. Guillain et nous, avons tenté de provoquer la mort immédiate de lapins adultes par des injections intra-cérébrales de macération fraîche à 10 %; nos animaux présentèrent tous des accès de dyspnée extrêmement violents, des convulsions toniques et cloniques, mais ne succombèrent pas.

Par voie veineuse, deux centimètres cubes d'une macération de tabac scaferlati à 20 %, furent nécessaires pour tuer un lapin de 1 500 grammes.

La différence qui existe entre nos chiffres et ceux que rapportent Adam et Lesage précédemment à nos expériences (un quart de centimètre cube par voie veineuse pour un kilogramme de lapin) tient à l'emploi de produits très dissemblables, car ils utilisèrent du jus de tabac.

Dans des recherches postérieures aux noires, en effet, Lesieur (1) qui étudiait comparativement la toxicité du scaferlati ordinaire et des
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(1) LESIEUR. — Sur la toxicité expérimentale de quelques tabacs (tabacs complets et tabacs dénicotisés) C. R. Soc. Biol. no I, 17 janvier 1908.

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tabacs désintoxiqués est arrivé à des résultats analogues aux nôtres en se servant de la même macération au môme taux par la même voie. Selon lui, grosso modo, il faut un gramme de macération pour tuer un kilogramme de lapin.

Le tabac est donc loin d'avoir la puissance meurtrière de la nicotine. Un fait permit de s'en rendre compte aisément: deux moineaux de poids identique reçurent dans le bec l'un une goutte de nicotine pure, l'autre une goutte de macération de tabac ordinaire à 20 %. Le premier oiseau tomba foudroyé; le second vola encore un quart de minute, puis poussa des cris, s'arrêta et se renversa lentement en arrière en proie à une dyspnée violente qui ne dura que deux minutes.

Fait important: la dose qui tue l'animal doit être injectée d'emblée; dans le cas contraire, l'animal survivant tolère les jours suivants une quantité double de la dose mortelle. Nous avons pu très souvent constater cette accoutumance rapide au poison, déjà signalée par Tpaube, Rosenthal, Anrep (1), plus récemment par Edmunds à propos de la nicotine. Le sérum des animaux intoxiqués n'a toutefois, par
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(1) ANREP. — Nouveaux phénomènes de l'empoisonnement par la nicotine. Archiv. fur Anatomie und Physiologie; Supplément Band, p. 167, 1880; Anal. in Rev. des Sciences méd., 1880, XVI, p. 498.

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lui-même, aucune propriété antitoxique. Un lapin qui avait eu 203 injections sous-cutanées d'un centimètre cube d'une dissolution aqueuse de fumée de tabac caporal ordinaire à 20 % fut saigné à blanc; son sérum recueilli fut divisé en deux parts:

  • La première part servit à faire des mélanges avec une solution de nicotine à 2 % en proportions égales et deux souris blanches reçurent respectivement, l'une un quart de centimètre cube du sérum-nicotine, l'autre, un quart de centimètre cube de la solution de nicotine à 2 %; la mort survint presque aussi rapidement chez les deux animaux.

  • La deuxième part de sérum fut injectée à la dose de 24 centimètres cubes dans le péritoine d'un lapin du poids de 1 515 grammes. Aucune réaction immédiate ne suivit. Un quart d'heure après, ce même animal recevait, dans la veine marginale de l'oreille, deux centimètres cubes d'une macération de tabac caporal ordinaire à 20 % datant de 24 heures. Aussitôt apparurent des convulsions d'une violence extrême amenant bientôt le coma et la mort en deux minutes. La dose de deux centimètres cubes avait déjà été établie précédemment comme étant mortelle.

    L'accoutumance au poison qui, du reste, est très variable selon l'espèce, réside moins dans la constitution d'antitoxines que dans une ap-

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    titude particulière mal connue que l'organisme a contractée à se défendre contre le toxique ou plulôt d le tolérer. Ainsi que le disent Fleig et de Visme dans leur réponse à M. Pachon qui contestait la valeur de leurs expériences:

    «L'accoutumance n'implique pas nécessairement l'absence de réaction, mais simplement l'absence d'intolérance; être accoutumé peut ne pas signifier autre chose que tolérer une réaction ».

    Un seul de nos lapins présenta un léger degré d'anaphylaxie contrairement aux faits observés par Gebrowsky. Cet auteur fut dans l'impossibilité de faire supporter l'extrait de fumée (1)
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    (1) Au cours de ce travail, diverses techniques expérimentales seront citées, différentes avec les auteurs et nous croyons devoir donner quelques détails sur chacune d'elles.

    Nous n'insisterons pas sur les injections de nicotine (Josué, Adler et Hensel, Papadia) qui ont le désavantage de ne considérer qu'un côté de la question en n'utilisant qu'un seul poison.

    Baylac et Amoureux, Boveri, ont fait des macérations et des infusions de tabac. Pour obtenir les premières, ils jetaient 10 ou 20 grammes de scaferlati ordinaire dans 100 grammes d'eau bouillante. Les macérations étaient préparées en abandonnant, pendant 24 heuies, à la température de 370, 10 ou 20 grammes de tabac dans 100 grammes d'eau. Les liquides étaient filtres et injectés par voie veineuse (à la dose de 1/2 à 2 centimètres cubes), par voie sous-cutanée (à raison de 2 à 4 centimètres cubes), par voie œsophagienne (10 a 40 centimètres cubes).

    Gouget, Lesueur, Guillain et Gy se sont ralliés à cette méthode.

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    à ses animaux et se vit contraint de diminuer la quantité de liquide injecté à mesure que se prolongeaient ses expériences.
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    Lœper et Boveri ont administré à leurs animaux des pilules de 1gr,50 de tabac.

    Le gros défaut de cette technique est de ne répondre guère a l'intoxication telle qu'elle se rencontre chez l'homme (les priseurs et les chiqueurs étant mis à part). Pour obvier à cet, inconvénient, Guillain et Gy, Gebrowsky, FIeig et de Visme ont produit une dissolution de fumée on eau de fumée en faisant barboter, à l'aide d'une trompe à eau, la fumée de 10 ou 20 grammes de tabac dans 100 grammes d'un liquide quelconque (eau distillée, sérum artificiel) qu'il suffisait ensuite de filtrer.

    Malgré l'amélioration qu'offre cette méthode sur la précédente, elle est encore passible d'objections: certains éléments renfermés dans la fumée sont volatiles, insolubles dans l'eau.

    Il suffit, en effet, d'interposer entre la trompe à eau et le récipient d'autres ballons contenant chacun des substances différentes (alcool, éther, glycérine) pour capter ainsi des corps, qui autrement échappent; de plus, le réglage de l'aspirateur est quelque peu délicat et, en général, la combustion du tabac s'effectue avec rapidité; or, la lenteur avec laquelle le tabac brûle est une condition essentielle a la formation d'oxyde de carbone, gaz auquel plusieurs auteurs font jouer un si grand rôle dans la pathogénie du tabagisme.

    Pour éviter ces erreurs, M. Guillain et nous, avons utilisé les insufflations de fumée sous la peau des animaux. Malheureusement cette technique ne peut être employée que chez les souris et les rats.

    En dernière analyse, c'est le séjour de l'animal dans une atmosphère de fumée qui a retenu notre attention. Cette méthode était de pratique facile et a donné de bons résultats; elle peut être rapprochée des conditions dans lesquelles se montre l'intoxication tabagique chez l'homme.

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    CHAPITRE II

    INTOXICATION AIGUË

    L'empoisonnement aigu par le tabac fut jadis fort commun du XVIe au XIXe siècles; les médecins employaient en effet couramment la «nicotiane», encore appelée herbe à la reine, angoulmoisine, herbe du prieur, etc., et la regardaient comme une sorte de panacée.

    Ils ordonnaient son usage dans les affections les plus disparates: le tétanos (Anderson, Jackson), l'empoisonnement par la strychnine (Haughton), l'épilepsie (Page), la névralgie, certaines paralysies (Zwinger, Fischer, Pavesi), la hernie étranglée, la colique de plomb, l'helminthiase, la constipation, la dysenterie, la coqueluche, les épistaxis, les hémoptysies, l'asphyxie, notamment l'asphyxie par submersion, l'asthme, la rétention d'urine (Fowler), l'obésité, la goutte (Hénard), les inflammations de la trompe d'Eustache, etc.

    Devant les terribles accidents ainsi occasionnés, celte fâcheuse médication est aujour-

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    d'hui heureusement tombée en désuétude, sauf dans quelques campagnes reculées où elle est encore en honneur.

    Dans les temps modernes, l'intoxication sous sa forme aiguë est devenue beaucoup plus rare et ne se voit plus guère qu'à la suite d'une tentative de suicide, d'un pari stupide ou lors d'un crime comme dans la célèbre affaire de Bocarmé. Encore s'agissait-il, en ce cas, d'un empoisonnement par la nicotine.

    Bien que dernièrement Torresi (1) ait sans dommage administré en lavement à un malade atteint de paralysie intestinale une infusion de 25 grammes de feuilles de tabac dans un litre d'eau, la plupart des toxicologues estiment qu'une moins grande quantité de tabac peut provoquer la mort. Les chiffres qu'ils donnent, au reste, varient d'un auteur à l'autre.

    Pour Ogier (2), une infusion de 15 à 30 grammes prise par le rectum amènerait un dénouement fatal a brève échéance; Richardière (3), avec quelques réserves, cite comme mortelle 30 à 40 grammes de tabac, quel que soit le mode d'in-
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    (1) TORRESI. — L'emploi du tabac contre la paralysie intestinale. Gazz degli osped. e delle cliniche, 8 mai 1904.

    (2) OGIER. — Traité de chimie toxicologique.

    (3) BOUCHARD et BRISSAUD. — Grand Traité Méd., III, 2e éd., article Tabagisme.
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    troduction du poison, Lewin et Pouchet (1) signalent, en moyenne, a grammes de tabac à priser, 30 grammes de tabac à fumer, mais relatent des cas de mort après ingestion de 2 grammes de tabac de pipe. Ces différences tiennent au genre de préparation, à la composition du type de tabac mis en cause et, lors d'expérimentation, à l'espèce animale.

    De hardis physiologistes, Dwarzak et Heinrich (2) n'ont pas hésité à étudier sur eux-mêmes [1891] les effets de la nicotine à la dose d'un milligramme, puis de 1/32 et de 1/44 de grain pris dans un drachme d'eau distillée. Ils ressentirent d'abord sur la langue une brûlure et une sensation de gratiement dans le pharynx.

    Avec une plus grande quantité de toxique, cette impression de «brosse rude», selon leur comparaison, s'étendit à l'œsophage et à l'estomac. Ils furent pris de céphalalgie, de somnolence, d'élourdissemenis; leur vue se troubla et l'ouïe s'affaiblit.

    La respiration fut de plus en plus gênée et bientôt même survinrent des crises de suffocation. Leur face pâlit, leurs mains et leurs pieds se refroidirent et leur corps fut secoué de violents frissons. Quarante minutes après le début de l'expérience, les deux médecins furent en-
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    (1) Loc. cit.

    (2) PLANAS, loc. cit.
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    vahis par une lassitude extrême; leur ventre se ballonna et de nombreux gaz furent émis par l'anus en même temps que se montrait une miction copieuse.

    L'un des sujets souffrit au commencement de vomissements fort pénibles et tout son corps fut agité d'un tremblement très rapide.

    Chez l'autre individu, l'asthénie fut surtout le phénomène dominant, ainsi que la dyspnée. Quand la phase aiguë des accidents se fut écoulée, tous deux se plaignirent d'un profond sentiment d'anéantissement, de lourdeur de tête; l'appétit était nul et leur démarche très mal assurée.

    Après une nuit réparatrice, les symptômes s'effacèrent, mais leur peau se dessécha et, fait curieux, le tabac fut ultérieurement, pour ces deux hommes, l'objet de la plus vive répulsion.

    Ed. Note: Plus d'exemples, en anglais:
    Dr. Jackson (1826)
    Dr. Thorn (1845)
    Dr. Titus Coan (1850)
    Animal Evidence (1860)
    Dr. Schroff (1882)
    Higley & Frech (1916)

    Cette description se rapproche sensiblement du tableau que tracent Planas, Wurtz, Richardière de l'empoisonnement aigu par la nicotine. Ce sont des brûlures dans l'arrière-gorge, des crampes au niveau de l'épigastre, de la diarrhée, de la pelitesse et de l'irrégularité du pouls, du tremblement, des lipothymies, quelquefois des convulsions faisant place vers la fin à des paralysies.

    Lorsque la mort arrive dans le cas d'intoxication nicotinique, l'autopsie ne révèle aucune lésion spéciale, mais la recherche de l'alcaloïde

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    par la célèbre méthode de Stas est d'autant plus facile que le poison est un agent antiputride de premier ordre (Melsens) comme le tabac (Ch. Robin).

    Cliniquement, l'intoxication suraiguë par le tabac passe par deux phases, une première où les troubles digestifs ouvrent la scène, la seconde où ils s'effacent pour être remplacés par des accidents nerveux.

    Très rapidement, après l'empoîsonnement, le sujet accuse un sentiment de constriction, de brûlure occupant le pharynx, l'œsophage et l'estomac; l'épigastre est sensible. Au bout d'un quart d'heure apparaissent des vomissements qui se répètent, très copieux et qu'accompagnent d'abondantes selles diarrhéiques. L'abdomen météorisé est le siège de violentes douleurs. Déjà, à cette période, le patient ne peut rester tranquille; il souffre d'une céphalalgie extrêmement vive et se plaint de vertiges; sa face est d'une grande pâleur et ses yeux dont les pupilles, a ce moment, sont contractées, expriment l'anxiété.

    Bientôt le tableau morbide change; les phénomènes digestifs s'atténuent. A l'agitation du début, succède un état de stupeur qui augmente de plus en plus, coupé néanmoins, en certains cas, de crises de tremblement, de convulsions cloniques et toniques.
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    Les pupilles se dilatant, la respiration se ralentit, le pouls, jupqu'ici vibrant, hypertendu, s'affaiblit et le malade dont le corps est couvert de sueurs, succombe en un laps de temps qui varie d'un quart d'heure à douze ou vingt-quatre heures.

    En pareille circonstance, comme nous l'avons établi dans un travail récent, la mort arrive par suite de phénomènes bulbaires commandés eux-mêmes par une excitation des centres corticaux, ces phénomènes bulbaires engendrant à leur tour des troubles cardio-vasculaires et respiratoires.

    L'empoisonnement aigu par le tabac, comporte à peu près la même symptomatologie que la forme suraiguë, avec cette particularité que les désordres digestifs l'emportent sur les accidents nerveux. Ici ces derniers se résument à une céphalée gravative, à des vertiges et à une impression de froid; l'intelligence demeure intacte.

    Après quelques heures, le sujet est terrassé par un sommeil profond d'où il sort brisé de fatigue, incapable d'effort intellectuel quelconque, en raison d'une violente migraine.

    Durant plusieurs mois, asthénie psychiquement et physiquement, dégoûté à tout jamais du tabac (Tardieu), il mènera une vie languissante, maladive par suite de la persistance de troubles gastro-intestinaux rebelles à toule thérapeutique.

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    Ces faits sont aujourd'hui rares; on n'observe plus guère, à notre époque, que la forme légère de l'intoxication tabagique aiguë, dont le type nous est fourni par le fumeur novice lors de sa première cigarette ou de sa première pipe. Il ressent d'abord une fausse envie d'aller à la selle; son pouls est dur et tendu puis s'accélère; quelquefois même, on constate quelques faux pas du cœur. Le visage pâlit et se couvre de sueurs froides, ainsi que les mains; les oreilles bourdonnent; la vue se trouble et une céphalalgie frontale accable le patient qui se plaint, en outre, d'un état nauséeux et même peut rejeter son dernier repas. Après cet incident, tout se calme, mais, pendant le reste de la journée, la tête demeure lourde et toute occupation intellectuelle est impossible.

    Cette courte esquisse de l'intoxication passagère par le tabac est quelque peu schématique; en réalité, chaque sujet a une manière spéciale de réagir au poison ; certains éprouvent des accidents gastro-intestinaux, en particulier, une violente diarrhée; d'autres accusent une gêne de la respiration qui, chez les névropathes, peut aller jusqu'à la suffocation. Les mêmes différences se retrouvent quand les débutants renouvellent leur tentative de fumer. Chez les uns, tous les symptômes notés plus haut, réapparaissent mais seulement ébauchés; chez d'autres, au cou-

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    traire, bien loin de s'amender, ils revêtent une intensité beaucoup plus grande. Quelques privilégiés enfin tolèrent bien d'emblée l'intoxication et s'y sont adaptés. A cet égard, il est impossible de donner une description d'ensemble intéressant tous les cas qui peuvent se rencontrer dans la pratique.

    Plusieurs médecins des manufacturer de tabac ont rapporté des faits analogues survenant chez des ouvriers récemment admis dans les établissements de l'État, lorsqu'ils changent le tabac de case, car, dans ces conditions, se dégagent des vapeurs toxiques dues à la fermentation. Il convient d'ajouter que ces accidents, bien décrits jadis par Francis Jacques (1), sont rares aujourd'hui, en raison des progrès de l'hygiène industrielle.

    INTOXICATION CHRONIQUE

    Il est difficile de tracer une description exacte de l'intoxication tabagique chronique chez l'homme. Bien souvent, les accidents imputés au nicotinisme sont, en fait, d'origine complexe; l'individu subit l'influence d'un autre poison, de l'alcool, de l'absinthe, de la morphine, du
    ____________________________________
    (1) Francis JACQUES. — De l'intoxication par le tabac dans les Manufactures, th. Paris, 1881.
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    plomb, etc.; il a souffert ou souffre encore d'infections multiples, tantôt latentes, tantôt avérées. Tous ces facteurs ne sont pas sans jouer un certain rôle dans la genèse des lésions observées.

    De plus, chacun de nous réalise son intoxication suivant, sa manière propre; il réagit différemment en raison de son hérédité, de ses occupations et aussi du mode d'empoisonnement, de la quantité de poison introduite dans l'économie.

    Tel grand fumeur issu d'arthritiques, présentera des phénomènes d'angor pectoris; tel autre, ancien syphilitique, aura de l'athérome aortique; tel autre enfin, né de parents névropathes, victime lui-même de surmenage intellectuel, se plaindra surtout d'amnésie, d'aphasie, etc.

    Ces exemples nous démontrent combien il est délicat, étant donné un symptôme constaté chez un fumeur, d'attribuer uniquement sa cause à l'abus du tabac; ce n'est que par une analyse minutieuse des phénomènes relevés chez le patient qu'on arrivera à établir la part exacte du poison.

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    CHAPITRE III

    ACTION DU TABAC
    SUR LE TUBE DIGESTIF

    Les quelques considérations exposées ci-dessus se retrouvent ici: dans nombre de circonstances, les troubles digestifs mis sur le compte du tabac sont, en réalité, d'une pathogénie difficile à élucider.

    Le fumeur alcoolique, par exemple, se plaint fréquemment de digestions pénibles et il est malaisé d'établir le rôle respectif que joue le tabac et l'alcool dans l'éclosion de la dyspepsie.

    Un autre sujet, ancien syphilitique, alcoolique et fumeur invétéré, présente au niveau des commissures labiales des plaques de leucoplasie; il est pour ainsi dire impossible de fixer alors quelle influence exacte ont eu d'un côté, la vérole et, de Vautre, les deux poisons.

    Enfin, le mode d'intoxication lui-même est loin d'être négligeable; selon que le tabac est prisé, chiqué ou fumé, non seulement les substances introduites dans l'organisme diffèrent,

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    mais encore leur pouvoir de diffusion dans l'économie varie dans d'énormes proportions.

    Le tabac réduit en poudre impalpable ne provoque guère que de minimes altérations de la muqueuse nasale; le tabac chiqué qui, apparemment, devrait être fort nocif, donne parfois lieu à des désordres rentrant dans le cadre de l'intoxication aiguë passagère ; mais, en dehors de ces cas peu communs, il occasionne simplement des poussées de stomatite n'offrant aucun caractère spécial. Ce fait joint à la constatation de la rareté de plus en plus marquée des chiqueurs et des priseurs nous engage à porter toute notre attention sur les accidents habituels aux fumeurs.

    I. LA BOUCHE DU FUMEUR

    Nous ne ferons que signaler les méfaits courants du tabac en ce point de l'économie, la carie dentaire, bien que niée quant à cette origine par Hepburn (1), la stomatite catarrhale, la stomatite aphteuse.

    Ces incidents, bien connus de tous, ne comportent par eux mêmes aucune gravité et ne doivent pas nous arrêter.

    Beaucoup plus intéressant est le rôle si discuté du poison
    ____________________________________
    (1) HEPBURN. — Action de la fumée de tabac sur les dents. Journ. de méd. et de chif., 1880, p. 545.
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    dans l'apparition du cancer des lèvres et dans la production des plaques de leucoplasie si souvent sujettes à la dégénérescence épithëliale.

    Un homme de quarante à cinquante ans est porteur depuis un certain temps d' «un bouton» rebelle, en général sur la lèvre inférieure. C'est tantôt une hypertrophie papil taire plus ou moins limitée, tantôt une sorte de verrue indurée qui s'ulcère sans cesse, tantôt encore c'est\ une fissure dont les bords se durcissent.

    Plus rarement, le malade présentait depuis plusieurs mois, à la face interne des lèvres, une plaque laiteuse qui sera étudiée plus loin en détails et c'est cette plaque qui est le point de départ de l'épithélioma.

    Les conditions dans lesquelles le néoplasme apparaît sont d'ordre banal; mais, parmi elles, on a voulu faire une place toute spéciale à l'usage de la cigarette ou de la pipe. Divers arguments et divers faits sont apportés à l'appui de celte thèse. Le cancroïde labial est fort rare chez la femme, ce qui tiendrait à sa non-habitude du tabac.

    Herbert Barclay cite, à ce propos, l'histoire d'une montagnarde fumant avec excès et contractant une néoplasie de la lèvre (Morestin) (1).

    Pour Bouisson, la fréquence de plus en plus
    ____________________________________
    (1) MORESTIN. — Maladies de la bouche, et du pharynx, in LE DENTU et DELBET: Tr. chir. clin. et opérât., VI, p. 178.

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    grande du cancer de la lèvre, qu'il dénomme d'une manière expressive

    «le cancer des fumeurs»,

    est due à l'extension même du tabagisme; même opinion de J. Roux, de Leroy d'Etiolles père, plus récemment de Cortyl.

    Beaucoup d'auteurs, Vulpian, Malgaignie, Bardeleben, Bruns ne se sont pas rangés à cette façon de voir. D'après eux, si la femme ne présente qu'exceptionnellement un carcinus labial, le fait ne tient pas à la non-consommation du tabac, car les Bretonnes, les négresses (Morestin), ont constamment à la bouche la courte pipe connue sous le nom imagé de «brûle-gueule» et n'offrent aucune trace de dégénérescence épithéliale au niveau de la muqueuse buccale (Lemarchant et Morvan). Pour Fleury, il n'y a aucun rapport entre le développement du cancroïde labial et la coutume de plus en plus répandue de fumer.

    En ces circonstances, le tabac agit soit directement par l'action irritante de produits volatils renfermés dans la fumée, soit, beaucoup plus souvent, indirectement par les traumatismes incessamment rejetés que cause le port habituel d'un corps étranger aux lèvres.

    Placés constamment au même endroit, la pipe, le fume-cigare ou le fume-cigarette déterminent localement des altérations purement histologiques des tissus, susceptibles de donner lieu à la

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    longue à des érosions persistantes.

    Dans certains cas encore, les effets du tabac sont plus éloignés: l'usage continu de la pipe use les dents, les rend pointues au point qu'elles érodent les tissus (Earle, Rigal, de Gaillac), favorise enfin puissamment l'éclosion de productions syphilitiques ou parasyphilitiques au premier rang desquelles il faut placer la leucoplasie, toutes lésions pouvant se cancériser, comme l'ont vu à maintes reprises Bruns, Lewin (1), Reverdin et Mayor (2), à la suite des travaux de Verneuil et de ses élèves Noël et Ozenne (3), confirmés depuis par Lang, Wheeler et Steiner.

    La question de la leucoplasie buccale et linguale prête aux mêmes discussions. Très souvent, le fumeur présente à la face interne des lèvres et des joues, principalement au niveau des commissures, des plaques nacrées. Ces plaques, qu'on peut retrouver ça et là à la partie moyenne et antérieure du dos de la langue, sont parfois très discrètes et se montrent sous forme de simples taches ardoisées. Fréquemment, à ce stade initial, succède une plaque dure et saillante, de surface tantôt lisse, tantôt plissée, chagrinée,
    ____________________________________
    (1) LEWIN. — Berl. Klin. Wochens. 1880, p. 350.

    (2) REVERDIN et MAYOR. — Rev. méd. de la Suisse Romande, 1885, p. 732.

    (3) NOËL. — Th. Paris, 1878, n° 56.

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    qui persistera indéfiniment ou se reproduira sans cesse si on la traite, enfin et plus souvent, subira la dégénérescence épithéliale, constituant ainsi l'ancien

    «le cancer des fumeurs».

    L'étude des conditions dans lesquelles apparaît la leucoplasie, sa nature intime, ont donné lieu encore récemment à de grands débats à l'Académie de Médecine. La plupart des médecins de l'hôpital Saint-Louis n'hésitent pas à rattacher la leucoplasie à la syphilis. C'est, pour Fournier, un accident parasyphilitique; dans la statistique qu'il rapporte, sur 324 cas de leucoplasie buccale, 109 concernaient des syphilitiques.

    Gaucher et Lacapère font de la plaque une lésion toujours de nature syphilitique, thèse déjà soutenue en 1890 au Congrès de Londres par Kaposi. Suivant Gaucher et Lacapère, la plaque dite des fumeurs ne serait autre qu'une plaque muqueuse persistante, enflammée chroniquement par le contact de l'alcool et surtout l'usage du tabac.

    Milian (1) se rattache à cette opinion; contre l'existence d'une leucoplasie idiopathique, il invoque toute une série d'arguments: l'étroite ressemblance qui existe entre révolution lente, tenace, de la syphilis linguale et celle de la
    ____________________________________
    (1) MILIAN. — La leucoplasie. Rapport au Congrès international de Lisbonne, avril 1906. Résumée par l'auteur in Gaz. Hop., 1906, p. 603.

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    leucoplasie; les mêmes localisations des deux affections; la puissance leucoplagène énorme du tréponème; la fréquence des antécédents spécifiques chez les porteurs de leucoplasie dite idiopathique, fréquence qui s'élève à 80 % des cas d'après lui; les érosions elles-mêmes, les fissures secondaires a la desquamation de la plaque, sont non des ulcérations banales, mais des ulcérations de cause syphilitique et guérissent par le traitement hydrargyrique.

    Le tabac n'a aucun pouvoir leucoplagène,

    «il est absolument incapable, dit-il, de produire seul la leucoplasie linguale. Peut-être peut-il amener les petites plaques laiteuses commissurales des joues qui jamais ne s'ulcèrent et sont d'une teinte opaline très faible; c'est une lésion analogue au jaunissement des doigts par la cigarette et qui n'a aucune importance pathologique ».

    La même opinion a été soutenue en 1906 à l'Académie de Médecine par Poirier (1) et par Fournier (2).

    Le professeur Landouzy (3) émet le même avis sans aucune réserve.

    «L'usage du tabac est une des meilleures occasions de

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    (1) POIRER. — La thérapeutique du cancer de la langue. Acad. méd., 30 oct. 1906.

    (2) FOURNIES. — La thérapeutique du cancer de la langue, Acad méd., 27 nov. 1906.

    (3) LANDOUZY. — Valeur sêméiologique des leucoplasies jugales et commissurales, dites plaques des fumeurs. Pr. Méd., 27 juin 1908, p. 409.

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    faire lever les placards de stomatite blanche; l'usage du tabac, pour être un précieux collaborateur, n'est nullement indispensable; l'indispensable dans l'espèce, le déterminisme, est la syphilis, le rôle déterminant de la syphilis, comme le rôle occasionnel et collaborant du tabac accepté dans la genèse des grandes plaques de leucoplasie linguale doit être étendu aux formes los plus atténuées des taches nacrées opalines, pelure d'oignon de la face interne des joues et des commissures, lésions classiquement restées jusqu'ici hors du procès syphilitique et mises à la charge du tabac».

    Fort de cette manière de voir, le professeur Landouzy a pu, en l'absence de tout autre stigmate, dépister la spécificité chez sept hommes n'ayant jamais fumé, et partant, instituer avec succès le traitement mercuriel. Dans une autre petite statistique, quinze syphilitiques, à savoir neuf hommes et six femmes, présentaient tous de la leucoplasie, atténuée chez les femmes, très nette chez les hommes, presque tous fumeurs.

    Tous les cliniciens n'admettent pas la nature syphilitique de toutes les leucoplasies. Du Castal, M. Balzer, tout en reconnaissant que la plupart des plaques laiteuses ont cette origine, conçoivent cependant, en dehors de la syphilis, la possibilité de leucoplasie développée à la suite d'irritations banales. Il y aurait, en d'autres

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    termes, une leucoplasie idiopathique, opposable à la leucoplasie syphilitique; la première leucokératose, beaucoup plus rare, beaucoup plus fruste peut-être dans ses manifestations, serait provoquée par des irritations de la muqueuse linguale et buccale au premier rang desquelles il faudrait placer le tabac.

    Cliniquement, aucune différence ne sépare les deux types de leucoplasie. Le fait que la leucoplasie nicotinique

    «comporterait, au dire de Paisseau (1) des formes rebelles guérissant difficilement, mais dont l'évolution peut rester indéfiniment stationnaire»,

    n'est nullement caractéristique puisqu'il se base sur l'évolution même de la leucoplasie pour affirmer sa nature.

    Barthélémy, tout en admettant l'influence prépondérante de la syphilis dans la genèse de la leucokératose, relate néanmoins quatre observations où la plaque laiteuse se montra chez les sujets indemnes de toute syphilis et qui la contractèrent ultérieurement.

    Une autre observation de M. Castaigne vient appuyer cette opinion: un malade atteint d'un chancre induré de la verge présentait, en même temps, une leucoplasie buccale ancienne; plusieurs jours après, des plaques muqueuses qui survinrent confirmèrent la nature syphilitique du chancre.
    ____________________________________
    (1) PAISSEAU in DEBOVE, ACHARD et CASTAIGNE. — Manuel des maladies du tube digestif, I.

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    Ce cas, des plus instructifs, semble bien prouver que le tréponème n'est pas fatalement à l'origine de toutes les plaques laiteuses.

    De cette discussion résultent, en définitive, deux conceptions touchant la pathogénie du cancer de la langue. Etant donné que cet épithélioma a, le plus souvent, pour point de départ, une plaque de leucoplasie, fait admis par tous, les uns, avec Poirier, le Prof. Fournier, le Prof. Gaucher, affirment la nature syphilitique de toute leucoplasie et concluent que le cancer de la langue est l'apanage du syphilitique.

    En pareilles circonstances, la syphilis est tout le primum moyens, le tabac n'agit que comme

    «metteur en train»

    et ne joue guère le rôle que de simple cause occasionnelle.

    «Le cancer de la langue, expose le Prof. Poirier (1), est fonction de nicotine et de syphilis; il serait même peut-être plus juste de dire que c'est le cancer du syphilitique plulôt que de l'appeler le cancer des fumeurs. C'est le cancer des fumeurs syphilitiques».

    D'autres auteurs, tout en ne niant pas l'origine syphilitique de beaucoup de plaques nacrées, admettent indirectement et implicitement, par cela même qu'ils reconnaissent au tabac seul un pouvoir leucoplagène, la possibilité d'un
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    (1) POIRIER, loc. cit.

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    néoplasme de la langue né en dehors de toute syphilis et font, dès lors, une place beaucoup plus importante au tabac dans l'étiologie de l'épithélioma.

    Les statistiques apportées par le Prof. Fournier (1) à l'Académie de Médecine sont en faveur de la première thèse: sur 184 cancéreux buccaux, on ne relevait aucun antécédent syphilitique que dans 29 cas; huit de ces observations concernaient des femmes, fait qui s'explique naturellement par la non-consommation du tabac.

    «Ce sont les vétérans de la syphilis, ajoute M. Fournier, ceux qui sont à vingt ou vingt-cinq ans de leur chancre, qui sont affectés de cancer; ce sont aussi des fumeurs et de grands fumeurs. C'est bien moins semble-t-il en effet l'usage que l'abus, l'abus excessif du tabac qu'il faut incriminer.

    «Sans doute, on peut dire que le cancer de la langue est le cancer du fumeur syphilitique mais il est plus juste de l'appeler le cancer du syphilitique grand fumeur, cancer syphilo-nicotinique».

    Il existe de même, quoique plus rarement mais non moins incontestablement, des individus ayant un cancer de la langue ou des lèvres et qui ne sont nullement syphilitiques. Bien qu'il faille toujours songer à une syphilis
    ____________________________________
    (1) FOURNIER, loc. cit.

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    méconnue, le fait n'en est pas moins certain.

    Malheureusement, il est impossible actuellement d'appuyer cette opinion de statistiques. Les chiffres fournis par les thèses concernant le néoplasme des fumeurs sont anciens, les observations en sont incomplètes et ne mentionnent pas, en général, si l'individu qui fait le sujet de la relation était ou non syphilitique.

    Suivant nous, l'immense majorité des cancers de la langue se montre bien souvent chez des syphilitiques; autrement dit, la leucoplasie est presque toujours d'origine syphilitique, mais il ne faut pas rejeter complètement l'existence d'une leucoplasie buccale idiopatbique causée par divers irritants et la transformation cancéreuse de ces plaques répond aux cas négatifs des statistiques récentes où la syphilis était absente.

    Dans ces circonstances, l'importance étiologique du tabac s'affirme sans cependant être prédominante; sa valeur pathogénique, simple cause occasionnelle dans le cas où le sujet cancéreux était spécifique, augmente dans les cas négatifs. Il ne faut toutefois voir en lui qu'un des moyens propres à éveiller chez le prédisposé le cancer.

    Le nombre énorme de fumeurs qui parviennent à un âge avancé sans présenter de dégénérescence épithéliale vient à l'appui de cette opinion. Sans parler de diathèse ni d'hérédité, il y a, à n'en pas douter, chez cer-

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    taines personnes, des conditions particulières renfermées dans la structure des tissus et leur mode de réparation qui les rend plus aptes à devenir cancéreux. Il existe, chez ces sujets, des réactions spéciales aux irritants, qui font que les éléments anatomiques ont, chez eux, une tendance marquée à subir la transformation cancéreuse; le moindre choc, la plus légère altération chimique ou physique, surtout si elle se répète, déclanche le processus néoplasique. [Plus en anglais].

    Tous les individus adonnés au tabac sous une forme quelconque ont la coutume, le chiqueur de placer sa «chique» en un point toujours le même, du vestibule de la bouche, le fumeur de placer sa cigarette ou le tuyau de sa pipe constamment à l'une des commissures labiales de préférence à l'autre.

    La preuve en est donnée par l'examen de la bouche de certaines gens dont les dents d'un côté sont pour ainsi dire limées au contact répété du tuyau de leur pipe. La plupart de ces sujets ne ressentent aucun dommage de cette habitude. D'autres, au contraire, en raison d'une prédisposition dont l'origine nous échappe, à la faveur de brûlures, de contusions multiples de la muqueuse, par suite de l'action irritante de la fumée, voient peu à peu se développer un cancer.

    En ces circonstances, le tabac joue le rôle

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    d'une cause occasionnelle banale, comme l'arsenic dans la genèse du cancer dit arsenical (Hutchinson) où des dermatoses deviennent néoplasiques après application de pâte arsenicale.

    De même nature est le cancer professionnel des personnes traumatisant journellement leurs téguments en une région déterminée (cancer des ramoneurs, des paraffîneurs, des goudronneurs, etc.) dont Volkmann, Hamilton, Geissier et Rollet, etc., ont rapporté des observations multiples.

    Helperich relate l'histoire d'un cancer développé à la suite du port d'un dentier; un malade de Kronacher, pêcheur de son métier, avait l'habitude de passer le fil goudronné de ses filets dans sa bouche; ultérieurement, il fut atteint d'un cancer des lèvres.

    Beaucoup plus frappant est l'exempte qui est donné par le néoplasme greffé sur une ulcération dentaire; une dent cariée ou cassée a déterminé d'abord une érosion de la langue; l'irritation persistante amène finalement la production d'un papillome qui dégénère en cancer.

    Un dernier argument peut encore être invoqué qui vient démontrer le rôle banal mais réel du tabac. Les femmes d'Extrême-Orient, notamment les Hindoues et les Ceylanaises sont souvent victimes d'un cancer de la bouche